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Titre : Rouen captive : Trente-quatre mois de gestion municipale sous l'occupation
Complément de titre : La couv. porte : "Ancien maire".
Publication : Rouen : H. Defontaine, 1947
Description matérielle : 1 vol., 210 p.

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Auteur : Poissant, Maurice
Années naissance - décès : (1883-1969)


Genre littéraire : Récit
Période du récit : 2 septembre 1939 - juin 1945
Période de rédaction : [S.d.] - 1946
Lieu de rédaction : [Rouen]

Bien qu'il s'agisse ici pour Maurice Poissant, maire de Rouen pendant l'Occupation, de justifier son action face à la "campagne calomnieuse savamment conduite par quelques ex-amis politiques" (7) dont il est victime à son retour de déportation, ce récit est bien plus qu'un simple plaidoyer pro domo. Il offre ainsi une large fresque, riche et détaillée, de l'activité d'un maire en territoire occupé. Y sont évoqués la remise en état d'une ville détruite en juin 1940, les relations avec l'occupant, la répression de ses concitoyens, mais aussi les problèmes de ravitaillement, ainsi que de nombreux aspects de la vie quotidienne.
Ancien du Front populaire, président de la section du Parti radical-socialiste de Seine-Inférieure, Maurice Poissant est maire-adjoint à Rouen et responsable de la Défense passive à la déclaration de guerre en septembre 1939. Les 8 et 9 juin 1940, alors que la ville subit de nombreux bombardements à l'approche des troupes allemandes, le centre-ville et la cathédrale sont menacés par les incendies, tandis que la destruction des ponts sur la Seine isole les deux rives. Maurice Poissant est l'un des seuls responsables à rester sur place, soucieux de ne pas abandonner la population livrée à elle-même. Le maire, le préfet, la plupart des conseillers et des fonctionnaires municipaux et d'Etat sont partis. De fait, Maurice Poissant (aidé de trois conseillers municipaux) est le seul interlocuteur des militaires allemands à leur arrivée.
Soucieux du détail, précis dans les dates et le nom de ses interlocuteurs, l'auteur relève tous les événements importants qui ont touché sa ville. Il rapporte ce qu'il fait et dit à ses administrés et aux nouvelles autorités d'occupation. Le récit suscite ainsi un intérêt tout particulier pour la période située entre les 9 et 22 juin 1940, époque à laquelle l'édile municipal est totalement isolé du gouvernement et des représentants de l'Etat. Il est alors confronté à l'action implacable des forces allemandes : réquisitions arbitraires, exécutions sommaires de pilleurs (un fonctionnaire municipal manque de peu d'être fusillé alors qu'il réquisitionnait du ravitaillement dans une épicerie pour une colonie d'orphelins), il se voit dans l'obligation de nommer des maires dans diverses communes abandonnées (la première personne connue à Dieppe et à Saint-Sever...).
Néanmoins, il réussit à trouver des compromis avec le chef de la nouvelle Feldkommandantur quant aux modalités de réquisitions, la mise à disposition de locaux municipaux, la protection des écoles, etc. S'il met le plus souvent en exergue ses réussites, il évoque aussi ses échecs. Mais il revendique haut et fort de n'avoir jamais fait de politique dans ce contexte si difficile : il n'a pas été le suppôt de Vichy pas plus que celui des Allemands : il s'est contenté d'administrer au mieux sa ville et de servir ses concitoyens. Il est d'ailleurs constamment accusé par les collaborateurs locaux qui ne manquent pas de le discréditer comme ancien franc-maçon auprès des autorités allemandes.
La multiplication des attentats contre l'occupant à partir de l'hiver 1941 provoque de vives représailles sur la ville de Rouen (couvre-feu, prise d'otages, condamnations à mort). Si, dans un premier temps, Poissant (souvent aidé du préfet Bouffet) réussit quelques négociations et évite le pire, la situation s'envenime lorsque, à partir de l'été 1942, la "Gestapo" prend son indépendance et ne relève plus de la Feldkommandantur. L'arrivée du préfet Parmentier, quelques mois plus tard, "marque le début d'un nouveau stade, le dernier, le plus écoeurant, sinon le plus pénible" (172). En effet, ce nouveau préfet, soutenu par les partis de collaboration et leurs soutiens en place à la Feldkommandantur, est un franc partisan de la collaboration franco-allemande. Le maire, isolé, est écarté de toutes prises de décision, les relations deviennent de plus en plus tendues.
Le 9 avril 1943, il est convoqué par Jean-Pierre Ingrand, en charge des relations avec l'occupant dans les territoires occupés, qui lui recommande de démissionner suite à la demande du chef de l'administration allemande qui réclame sa révocation. Poissant refuse, même après deux nouvelles convocations, de Pierre Laval - qui s'adjoint Pierre Cathala - et, quelques jours plus tard, du préfet Parmentier : Vichy n'entend pas le révoquer car il a rendu de grands services à la ville en juin 1940 ; seule sa démission lui éviterait selon ses interlocuteurs d'être arrêté par les Allemands.
C'est finalement en recevant une copie de la lettre allemande demandant sa destitution que Maurice Poissant accepte de démissionner. Il reprend ses activités d'économe à l'hôpital psychiatrique, sans pour autant trouver la tranquillité : il est à plusieurs reprises convoqué pour des raisons diverses, sans que l'auteur ne précise l'exactitude ou non des faits (avoir réactivé une loge maçonnique, voler des papiers, être un gaulliste, etc.).
Le 29 juin 1944, il est arrêté avec quinze concitoyens comme "personnalité-otage" et envoyé au camp de Neuengamme après un passage par le camp de Compiègne. Il ne dit rien de sa déportation, préférant renvoyer le lecteur au témoignage de M. Reynaud (Potence et pots de fleurs, journal d'un déporté de Neuengamme, Rouen H. Defontaine, 1945) et celui de David Rousset (L'univers concentrationnaire, Paris, Ed. du Pavois, 1946) dont il cite un passage. Seules les dernières pages évoquent son long périple à travers l'Allemagne (via Flossenburg et Theresienstadt) avant qu'il ne prenne l'avion à Wurzbourg le 18 mai 1945 pour rentrer en France, où il subit un examen de santé à l'hôtel Lutétia.

Françoise Passera


Thématique(s) générale(s) : Invasion (1940) , Occupation allemande (1940-1944)
Mots-clefs : Accords de la Relève (1942) , Administration allemande , Administration française , Allemagne. Geheime Staatspolizei (Gestapo) , Allemagne. Heer. Feldkommandantur (517) , Allemagne. Propaganda Staffel  , Attentats , Bombardements allemands , Bouffet, René (1896-1945) , Collaborateurs français , Collaboration franco-allemande , Dénonciations , Déportation non raciale , Destruction et pillage , Dieppe (Seine-Maritime) , Dieppe, raid de (1942) , Elbeuf (Seine-Maritime) , Enfants dans la guerre , Exécutions sommaires , Fonctionnaires français , Franc-maçonnerie , France. Défense passive , France. Préfecture de Seine-Maritime , Gouvernement de Vichy (1940-1944) , Grand-Couronne (Seine-Maritime) , Groupe Collaboration , Hommes politiques français (élus locaux) , Hommes politiques français (maires) , Jeanne d'Arc (sainte ; 1412-1431) , Médecine (soins médicaux) , Mort et sépulture , Otages français , Parmentier, André (1896-1991) , Parti populaire français (PPF) , Parti radical-socialiste , Personnalités-otages , Population civile française , Ravitaillement , Reconstruction , Relations franco-allemandes , Répression allemande , Rouen (Seine-Maritime) , Saint-Sever (Seine-Maritime) , Secours aux civils , Sotteville (Seine-Maritime) , Travail volontaire , Vie économique , Vie politique , Villes en ruine

Préface (7)
Le poste du secteur Est (9)
La nuit du 8 au 9 juin (14)
La cathédrale est protégée... L'incendie de la ville est arrêté (29)
Rouen dans les lendemains de l'occupation. Réorganisation des services municipaux (34)
Les mesures de prophylaxie et de sécurité (38)
Arrivée et installation de la Feldkommandantur (39)
Réouverture des écoles (40)
Les P.T.T. (42)
Désignation du premier Maire de Dieppe pendant l'occupation (44)
Mes premiers contacts avec la rive gauche. Désignation des maires de Elbeuf et à Sotteville [sic] (46)
La vie à Saint-Sever du 9 au 17 juin (52)
Les hôpitaux (56)
Retour de M. le Préfet Verlomme (58)
La question financière : la solution (60)
Ortskommandantur (65)
Retour de M. le Maire Métayer (66)
Bureau de bienfaisance (73)
Activité judiciaire (76)
La reprise économique (78)
Les mesures contre le chômage (82)
La vie politique et économique (85)
Le spectacles. Le cirque (89)
Hommage à nos morts (93)
Rupture des ponts de bateaux (95)
Dissolution des partis (97)
Le plan de reconstruction (100)
Commission administrative de la Seine-Inférieure (104)
Ma nomination de [sic] Maire de Rouen (106)
Comment a été constituée la liste du Conseil (108)
Les premières relations avec Vichy (110)
Union des sociétés de courses (112)
Le nouveau Conseil municipal (113)
Les fêtes de Jeanne d'Arc (117)
Le ravitaillement suscite un mouvement populaire (119)
La piscine (121)
Le triumvirat de la France au Travail (123)
Le Maire, la Municipalité et Vichy (126)
La question de la relève (138)
Attentats, arrestations, interventions (146)
La bataille politique. Attitude des PPF et des collaborateurs (165)
Les derniers soubressauts (172)
Pourquoi et comment j'ai dû abandonner la mairie (186)

Lieu(x) d'édition : Rouen
Éditeur(s) : H. Defontaine
Année d'édition : 1947
Lieu d'impression : Rouen (Seine-Maritime)
Imprimeur : Impr. Wolf
Date d'impression
(ou dépôt légal ou achevé d'imprimer) :
24 février 1947
Note sur les éditions :
Mention d'édition : 1re éd.
Édition à titre posthume : Non
Traduction : N'a pas été traduit.
Langue : Française
Documents annexes :

Dédicace :

"A ma courageuse et dévouée compagne,
A la mémoire de ses frères Georges et Roger morts pour la France,
A mon regretté Robert qui, lui aussi, a connu les rigueurs de la prison "nazie"."

Références bibliographiques :